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Les OVNIS dans la presse quotidienne:

La vague française de 1954 dans la presse:

L'article ci-dessous est paru dans le quotidien Libération, Paris, France, pages 1 et 6, le 3 novembre 1954.

Voir le dossier du cas.

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MYSTIFICATION A SARREGUEMINES

La "1re photo qui ait jamais été prise d'une soucoupe à l'arrêt..."

... est en réalité celle d'un diffuseur de lumière en forme de vasque !...

POUR du sensationnel, c’était du sensationnel! Malgré le changement de ton de la grande presse parisienne et de l'agence officielle à la suite de notre campagne d'éclaircissements sur la psychose des soucoupes volantes, un de nos confrères régionaux, "L'Est Républicain", s'est laissé abuser au point de publier hier matin, trois "documents photographiques" sur toute la hauteur de sa "une", barrée d'un énorme titre interrogatif, et de consacrer une page entière au récit du photographe qui était venu lui remettre ces "documents".

Les photographies représentaient trois vue d'un engin lumineux dans la nuit, jetant son faisceau éblouissant sur des broussailles dont il ne semblait séparé que d'un mètre et que le nommé Jean Gérault, jeune photographe lorrain de 23 ans, breveté de l'aviation et établi à Sarreguemines, assurait avoir prises à une douzaine de mètres de distance, dans les circonstances suivantes, ainsi rapportées par lui:

Le samedi 23 octobre, à la nuit, alors qu'il regagnait Sarreguemines à pied, après avoir manqué une fête à Welferding, il vit au loin, sur la route, "briller une vive teinte orange et qui l'intrigua". Parvenu à 200 mètres de cette vie lueur, il eut un haut-le-corps: il venait de réaliser que le foyer lumineux qui se trouvait un peu à l'écart de la chaussée, dans les prés voisins, émanait non d'un phare de véhicule, mais d'une coupole dont il devi-

Jacques DEROGY

Suite page 6, Col. 8

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Soucoupes

Suite de la P. 1-Col. 6

nait à ce moment déjà nettement les contours et qu’il irradiait une masse aux reflets métalliques que la "coupole" dominait.

Un ronronnement léger

Ne voyant âme qui vive autour de lui, il se hasarda, se coulant d'arbre en arbre, en bordure du chemin. Il voyait très bien la soucoupe. Car c'en était une de la forme la plus classique. Le cœur battant et le souffle court, rampant à demi dans le fossé, il parvint à se dissimuler derrière un tronc, à 12 mètres de l'engin:

Celui-ci se tenait immobile, à 1 mètre, 1 m. 50 au-dessus de l'herbe. Il ne reposait sur rien, mais émettait un ronronnement léger comme celui que ferait entendre un moteur électrique.

"Tout l'intérieur de la coupole était éclairé et, par endroits, les rayons marquaient le verre dépoli de zones plus vives, comme si plusieurs foyers lumineux avaient projeté leurs faisceaux de l'intérieur vers l'extérieur. L'engin, dans son ensemble, avait peut-être 5 mètres de diamètre sur 2 mètres de hauteur."

Professionnel jusqu'au bout des ongles, Jean Gérault avait un petit appareil garni d'un film 6x9 dans la poche de sa gabardine. Il le saisit subrepticement, fit au jugé sa mise au point et prit appui contre le tronc de l'arbre avant de prendre une pause d'une seconde:

"Tremblant de la tête aux pieds, j'ai pris comme cela deux vues. Et puis l'appareil m'est tombé des mains. Je me suis baissé pour le ramasser, ai pris encore deux autres clichés.

Le photographe vit alors la soucoupe accroître son intensité lumineuse, s'élever en oblique, passé très vite au-dessus des bosquets voisins et disparaître, loin en avant, dans les nuages bas. Il attendit huit jours sans broncher pour se remettre de ses émotions et développer sa pellicule dans le laboratoire de son père, à Vézelise. Puis il est allé porter ses négatifs journal nancéen où fut enregistrer son "témoignage".

Un spécialiste bien troublé

Consulter aussitôt par la rédaction de ce journal, un spécialiste l'aviation, le lieutenant-colonel Leroy, vice-président de l'aéro-club de l'est livre à son opinion autorisée dans ces termes :

"Les documents qu'on vient de me soumettre sont impressionnants. J'ai eu connaissance jusqu'à présent d'un seul document photographique sérieux: celui qui a été pris aux Etats-Unis il y a déjà quelques années. C'était une photographie d'ensemble d'engins en l'air. A la vue du document américain, on évoque la possibilité de phénomènes lumineux dus aux systèmes lenticulaires rencontrés souvent dans le ciel. Tandis que la photo représentée ici à des aspects matériels beaucoup plus précis et beaucoup plus concrets. On demeure perplexe devant les photographies qu'on vient de me mettre sous les yeux, dont les détails peuvent être difficilement les effets d'illusion d'optique. S'il s'agit d'un trucages, ce trucage, en lui-même déjà, serait un tour de force..."

C'en était un, en effet, non de tour de force, mais de trucage, nullement destiné d'ailleurs à servir à la mystification que le jeune Jean Gérault a monté de toutes pièces. Les clichés qu'il avait apporté au journal n'étaien point son œuvre, mais celle d'un étudiant qui lui aurait donné une pellicule à développer dans le magasin où il est employé.

Vol et abus de confiance

Cet étudiant avait photographié un diffuseur de lumière en forme de vasque suspendu à un plafond, dans le but de faire un canular dans un cercle d'amis. Il n'avait pu récupérer ses clichés, le photographe prétendant que la pellicule n'avait pas été impressionnée et lui rendant un film vierge en échange.

On juge de la surprise de l'étudiant quand il vit hier matin s'étaler dans le journal les preuves d'une réussite dont la perfection avait été frauduleusement exploitée par la malhonnêteté du photographe. Il a porté plainte aussitôt et Jean Gérault a dû finalement avouer et le vol et la supercherie devant les gendarmes de Sarreguemines.

Il n'en reste pas moins qu'un grand journal s'est laissé trop complaisamment mystifier. S'il a émaillé ses titres et son article-fleuve de timides réserves, il a sérieusement donné dans le "panneau" en écrivant:

"Ce document extraordinaire que nous publions en exclusivité totale est probablement la première photo qui ait jamais été prise de près, à l'arrêt, d'une soucoupe volante...

"C'est pourquoi nous ne pensons pas exagérer en prétendant que le récit ci-dessous et les trois clichés d'une soucoupe que nous présentons ci-contre constituent, tout spécialement sur le plan des photographies, les documents les plus importants qui aient été, dans le monde entier, versés, à l'heure actuelle, au dossier des soucoupes."

Mais, comme nous l'avons déjà écrit, le dossier des "soucoupes volantes" n'est pas ouvert, car il ne contiendrait pour le moment que du vent. Ce n'est pas en publiant en vrac, à tort et à travers, tous les récits qui proviennent de toutes les communes de France qu'on arrivera à détecter un phénomène nouveaux, si phénomène nouveau il y a. Et ce n'est pas non plus en soumettant à un aéropage de techniciens ou de "spécialistes" des "témoignages" incomplets, des "observations" imprécises dénuées de signification objective qu'on arrivera à poser scientifiquement le problème, si problème il y a. A moins qu'on ait intérêt à noyer le poisson ou à entretenir une psychose.

Pour notre part, nous avons, depuis longtemps, décidé de faire grâce à nos lecteurs de ce genre de récits jamais contrôlée, sans manquer de démonter les mystification à chaque occasion.

Et nous nous en portons bien.

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Cette page a été mise à jour le 26 mars 2026.